Marama VAHIRUA

Entretien réalisé le samedi 21 janvier 2012

Période évoquée : 2004 – 2007

Prononcez le terme « OGC Nice » et Marama Vahirua vous parlera comme à un ami de vingt ans. Ce club qu’il appelle « sa maison » lui a laissé tellement de souvenirs impérissables qu’il pourrait en parler pendant des heures. Ce fut le cas lors d’une conversation menée tambour battant et ponctuée de crises de rire, de nerfs et d’émotions sincères.

Vous avez rejoint l’OGC Nice en 2004 après avoir passé 7 ans à Nantes. La séparation avec Nantes n’a-t-elle pas été trop difficile ?

À vrai dire, dans ma tête, j’étais parti pour faire toute ma carrière à Nantes. Mais il a fallu que je fasse un choix entre rester à Nantes sans jouer ou tenter ma chance ailleurs. J’étais à un tournant de ma carrière. Gernot Rohr m’a contacté et Sochaux était aussi intéressé. J’ai finalement choisi Nice parce que je préférais aller sur la Côte d’Azur que dans le Doubs.

Quelle image aviez-vous de l’OGC Nice ?

Lorsque mes coéquipiers de Nantes ont su que j’avais signé à Nice, ils m’ont tous chambré ! Ils m’ont surtout conseillé de mettre de bons protèges tibias à l’entraînement parce que j’allais souffrir ! Nice avait la réputation d’avoir un jeu très physique. Mais lorsque je suis arrivé, c’était une autre chanson !

C’est-à-dire ?

Je me souviendrai toute ma vie du premier jour où je suis arrivé au centre d’entraînement. Toute l’équipe était en train de manger une pizza pour fêter l’anniversaire d’un joueur ! À Nantes, les joueurs ne se réunissaient jamais pour manger ensemble et surtout pas pour manger des pizzas. C’était interdit par le docteur et le coach ! J’étais tellement sidéré que j’ai pris une photo et que je l’ai envoyé à mes potes de Nantes ! Le Président Cohen s’est marré et m’a dit : « T’as jamais vu ça, hein ? » Et je lui ai répondu : « Ben non, c’est pour ça que j’immortalise le moment ! » Cette scène était en fait le symbole de l’ambiance magnifique qui régnait dans ce club. C’est cette ambiance qui m’a permis de m’éclater !

Le premier match de la saison fut une défaite à domicile contre Lyon dans le cadre du centenaire du club. Quel souvenir en gardez-vous ?

J’étais remplaçant parce que Gernot souhaitait que je prenne mes marques et que je m’habitue à mon nouvel environnement. Il y avait tellement un ambiance de malade que j’en avais des frissons ! J’ai compris qu’à Nice, la notion de douzième homme prenait tout son sens. Le public nous portait du début à la fin et quelque soit le résultat final !

Après la défaite contre Lyon, l’OGC Nice s’incline lourdement à Bordeaux (5-1). Vous ne commencez pas à vous poser des questions ?

Il s’agissait d’une saison délicate pour le club. Trois ou quatre joueurs cadres étaient sur le départ et beaucoup de transferts ont traîné. Je crois qu’à partir du moment où un joueur veut partir, le club n’a pas d’autre solution que d’aller dans son sens, même si tout le monde doit s’y retrouver… Bref, le mois d’août fut difficile et ce mauvais départ a plombé toute notre saison…

Vous inscrivez votre premier but au Ray contre Sochaux lors de la 6ème journée. Quel souvenir en gardez-vous ?

Il s’agissait d’un penalty, si je me souviens bien. Lorsque j’ai marqué, l’ambiance était si extraordinaire que j’avais l’impression de jouer devant 80 000 spectateurs ! À partir de ce moment, il y a eu un lien particulier entre moi et le public. C’est quelque chose qui m’a marqué et j’attendais toujours les matchs à domicile avec impatience. Jouer dans cette ambiance-là me transcendait !

Le 2 octobre 2004, l’OGC Nice se déplace à Monaco lors de la 9ème journée de championnat…

Je ne me souviens plus de la date exacte mais je me souviens du match ! Aujourd’hui encore, on m’en parle à Monaco ! À chaque fois que j’en parle, j’en ai des frissons. Là, par exemple, je commence à avoir des frissons ! Ce match, c’était une histoire incroyable…

Vous pouvez nous la raconter ?

Le match commence et nous nous rendons compte que Monaco est beaucoup plus fort que nous. Il faut dire qu’il y a de grands joueurs en face ! Logiquement, ils mènent rapidement au score. Il faut même reconnaître qu’on se fait balader… Je me souviens que lorsqu’ils marquent le deuxième but, les monégasques commencent à chambrer le public niçois. Au troisième but, ils se lâchent complètement et se tournent vers notre public pour le chambrer ouvertement en faisant des signes provocateurs ! C’est quelque chose qui nous a énervés. On tenait à sauver au moins l’honneur, ce que nous réussissons à faire. Et dès que nous marquons ce but, je les ai sentis étrangement très fébriles. Ils étaient comme paralysés. Dans les tribunes, le public niçois commençait à pousser. Dès ce moment-là, j’ai senti que les monégasques ne pourraient plus rien faire. On marque le deuxième but et là, ils sont cuits ! On continue à pousser et Victor Agali nous sort un match de malade avec un triplé ! Lui aussi, je pense qu’il gardera ce souvenir toute sa vie ! On revient à égalité mais au lieu de s’en contenter, on est poussé par le public pour aller chercher la victoire ! Lorsque j’y repense, c’était fantastique… Les monégasques n’attendaient plus qu’une chose, c’est que l’arbitre siffle la fin du match. Et puis Cédric Varrault déborde sur le côté gauche et centre sur Victor qui ne sait même pas que je suis dans son dos mais, comme si c’était Dieu qui lui le lui disait, laisse passer le ballon… Je tacle et je marque le quatrième but. Et là… ça y est, c’était imprimé dans la tête de tout le monde !

Comment avez-vous vécu la fin du match ?

Nos supporters ont tout simplement pété un câble ! On avait l’impression d’avoir gagné la Champion’s League ! L’émotion ne pouvait pas être plus forte ! Les supporters sont descendus avec nous sur le terrain et les CRS sont intervenus pour gazer tout le monde ! Nous, ils pouvaient nous reconnaître avec nos maillots mais tous les membres du staff technique ont été gazés ! On est passé d’une scène de joie à une scène de panique ! Il fallait à tout prix dégager parce que les CRS ne cherchaient pas à comprendre ! Je me souviens d’un membre du staff, Bernard Ginez, qui avait été gazé en pleine face. Quand il est rentré au vestiaire, ça nous a fait drôle de le voir arrivé la tête pleine de gaz. Ce n’était pas marrant à voir mais j’avoue qu’on a bien rigolé sur le coup !

Aujourd’hui que vous jouez à Monaco, repensez-vous encore à cette folle soirée ?

Tout le temps ! À chaque fois que je regarde le grand panneau d’affichage, je revois le score, 3-4, avec mon nom inscrit juste en dessous. Ma femme aussi m’en reparle souvent. C’est quelque chose qui nous a marqué.

La suite de la saison niçoise est faite de hauts et surtout de bas. Suite à une défaite à Paris lors de la 34ème journée, Gernot Rohr est démis de ses fonctions…

La saison que nous avons vécue était difficile. Il s’agissait d’une saison de transition car l’équipe ne surfait plus sur la vague de la remontée de la Ligue 2. Désormais, il fallait surtout penser à se maintenir en Ligue 1. Le changement d’entraîneur était évoqué depuis un certain temps dans les couloirs ou dans la presse. Ce ne fut pas vraiment une surprise pour nous. À ce moment-là, j’ai soutenu Gernot. C’était la moindre des choses pour moi de le soutenir puisque c’était lui qui m’avait fait venir à Nice. Je n’étais pas d’accord avec son limogeage mais je ne suis pas le décideur… Mais compte tenu des résultats qui continuaient à être négatif, son départ paraissait inévitable.

Qu’avez-vous pensé de la reprise en main de l’équipe par Gérard Buscher ?

À vrai dire, ce fut une période très courte et je n’ai pas beaucoup de souvenirs. Il a réussi à sauver le club et c’est le principal !

À titre, personnel, quel bilan tirez-vous de cette première saison à l’OGC Nice ?

Pour moi, ce fut une saison magnifique. Vous savez, j’ai gagné des titres avec Nantes mais au niveau humain, je pense que cette saison a été la meilleure que j’ai jamais vécue. Ce fut tout simplement énorme ! Il y avait José Cobos qui était LE capitaine ! Tout le monde était derrière lui. Bon, il est arrivé qu’on se prenne la tête entre joueurs mais ça fait partie de la vie d’une équipe… Et puis ça durait dix minutes et on passait à autre chose ! Il n’y avait pas de tension latente. L’ambiance était saine et honnête. Ca ne nous empêchait pas de nous retrouver tous ensemble autour d’une pizza ! C’est cette ambiance que je retiendrai de cette saison. Même ceux qui ne jouaient pas se sentaient intégrés dans le groupe. Et lors des matchs à domicile, la relation avec le public était magique !

La saison 2005/2006 marque une nouvelle ère pour l’OGC Nice avec l’arrivée de Frédéric Antonetti en tant qu’entraîneur…

Sous l’ère de Gernot Rohr, l’équipe faisait ce qu’elle pouvait. L’objectif était le maintien et on ne se prenait pas la tête, l’ambiance était tranquille… Avec l’arrivée de Frédéric Antonetti, les objectifs ont évolué. On ne visait pas que le maintien et pour cela, il fallait faire évoluer le style de l’équipe. L’ambiance a aussi beaucoup changé. Il a voulu resserrer un peu les boulons… En fait, il y a deux manières de travailler : dans la bonne humeur tout en étant sérieux ou en étant tout le temps sérieux… Pour Antonetti, la bonne humeur n’était pas une obligation. Au travail, on ne rigole pas !

Votre position sur le terrain a aussi évoluée…

C’est lui qui m’a fait découvrir le poste de meneur de jeu. Je n’étais pas du tout meneur de jeu, y compris dans mon esprit ! J’allais simplement devant pour marquer des buts et je n’avais rien d’autre en tête. Puis un jour, en début de saison, il vient me voir et me dit : « Toi, je ne te vois pas attaquant ! » Lorsqu’il me dit ça, je suis plutôt étonné. Voilà 10 ans que je suis attaquant et que je marque des buts et lui, il me dit que je ne suis pas un attaquant !  Bon, ça m’a fait bizarre… Puis il me dit : « Je te vois meneur de jeu, derrière deux attaquants ». Bon, je suis déjà rassuré sur le fait qu’il me mette sur le terrain ! À partir du moment où je joue, il peut me mettre où il veut, hein ! Il conclut en me disant : « On va en reparler plus tard… » Puis il me fait moins jouer et me cantonne à un rôle de remplaçant. J’avoue que je commençais à m’impatienter et même à m’énerver. J’en arrivais même à me demander s’il n’était pas en train de me faire payer le fait que c’était Gernot qui m’avait fait venir et que lui voulait imposer ses propres joueurs. Bref, un tas de choses me passent par la tête ! Puis un jour, à l’entraînement, je crois que c’était au mois de septembre (2005), il me dit : « On va travailler cette position de meneur de jeu avec l’équipe. On change donc de système et on passe à deux attaquants avec toi en numéro 10. » À l’époque, je n’étais pas titulaire et d’un seul coup, il me dit : « Samedi, on joue contre Lyon et on va jouer d’entrée avec ce système. Tu vas jouer en 10 et je sais qu’il n’y aura pas de problème parce que tu sais ce qu’il faut faire. »  J’avoue que j’ai ressenti un certaine pression. Je ne jouais plus et je me retrouve titulaire dans un nouveau poste ! Et là, ce fut comme une renaissance ! Tout s’est très bien passé. J’avais l’impression de recommencer une nouvelle carrière ! Ce soir-là, je me suis éclaté et je pense d’ailleurs avoir réalisé l’un des meilleurs matchs de ma carrière. À partir de ce jour, il ne m’a plus jamais enlevé de ce poste.

L’équipe réalise une saison honorable en championnat et brille en Coupe de la Ligue…

Jusqu’à l’arrivée d’Antonetti, on gagnait nos matchs avec le cœur. Ensuite, on a continué avec le cœur mais en jouant aussi un peu plus intelligemment. Et en Coupe de la Ligue, on a tout cassé ! On a eu la chance de toujours recevoir sauf en demi-finale à Monaco mais pour moi, c’était un match à domicile. Quand on jouait chez nous, on savait que l’équipe visiteuse avait un adversaire en plus, c’était le public ! Je me souviens que lors du tirage au sort, je voulais aller jouer à Monaco en demi-finale. Je souhaitais rencontrer les monégasques, mais chez eux ! J’ai regardé le tirage et ils ont tiré Monaco en premier. J’ai prié pour voir le nom de Nice apparaître… et ils l’ont tiré ! J’ai dit à ma femme : « On va au Stade de France ! »

Et ce fut le cas !

J’étais sûr qu’on allait gagner. On était leur bête noire ! Mais je me souviens d’un match très difficile à Monaco où on avait pris pas mal de coups. Bernardi ne me lâchait pas et on sentait que les monégasques avaient reçu des consignes pour jouer dur. L’ambiance était très chaude, voire électrique. La rencontre n’a pas dégénéré mais on sentait que sur le terrain, c’était du « lourd ». En fin de match, Ederson me remplace et met ce but qui nous fait tous chavirer… C’était terminé pour Monaco car compte tenu de la tension, c’était le premier qui marquait qui gagnait !

Comment préparez-vous cette finale ?

On la prépare avec beaucoup de pression. On a hâte. On a le trac. Je pense qu’on s’est trop focalisé sur Nancy car au cours de cette saison, ils étaient à l’image de l’équipe de Nice de la remontée, c’est à dire fougueux et physiques. Nous n’avons pas assez pensé à notre jeu. Le soir du match, on s’est présenté en pensant qu’ils allaient nous sauter dessus et finalement, ils nous ont attendu ! Je me souviens en avoir rediscuté avec eux lorsque j’ai joué à Nancy et ils me disaient : « vous avez complètement loupé votre match. Ce n’est pas nous qui avons gagné ! C’est vous qui êtes passés à côté ! Nous, on ne voulait pas jouer et du coup, vous n’avez pas joué non plus et ça vous a fait déjouer ! »

Que ressentez-vous lorsque vous marquez le but de l’égalisation ?

Ce fut énorme ! Je marque l’un de mes plus beaux buts lors d’une finale au Stade France ! C’est un moment qui m’a terriblement marqué. À ce moment-là, on pense que le plus dur est fait… Mais on sait aussi qu’on a laissé beaucoup de forces pour revenir au score. À l’époque, lorsque Nancy marquait un but, il était quasiment impossible de revenir ! Défensivement, ils étaient très costauds. D’ailleurs, on a pris beaucoup de coups avec Baky Koné. Finalement, on pousse, on égalise, ils se retrouvent même à dix après l’expulsion de Puygrenier…

Et malheureusement, vous encaissez un deuxième but…

Et puis il y a ce coup franc nancéen… Le mec, je ne sais même pas comment il fait pour marquer… Je revois encore ce coup de tête… Là, on est au fond du trou. On sait qu’on va perdre. C’est dur… En plus, on savait qu’ils ne pouvaient marquer que sur un coup de pied arrêté. On n’a pas le droit de perdre comme ça ! Après, ils étaient à dix en défense… Rien que d’y repenser, je suis tout énervé !

S’agit-il de la plus grande déception de votre carrière ?

Oui. Je n’arrive même pas à imaginer la fête qu’il y a aurait eu si on avait gagné ! On aurait été des dieux à Nice ! Gagner une coupe avec Nice, ça aurait été monstrueux ! J’avais tellement hâte, on devait revenir avec la coupe, ce n’était pas possible autrement… et on perd ! Je me souviens qu’à la fin du match, on nous avait remis la plaque du finaliste. Je l’ai jetée et je crois qu’elle est encore au stade de France ! On me disait : « Garde-là, tu es quand même arrivé au Stade de France ! » Je m’en foutais complètement. J’aurais préféré perdre au premier tour plutôt que de perdre en finale ! Surtout de cette manière. Il n’y a pas pire !

Comment était le vestiaire après le match ?

Houlà, j’ai connu mieux… Je n’avais jamais vu un vestiaire aussi silencieux. Personne ne parlait, on était tous dans notre coin. On voulait tous partir ailleurs et penser à autre chose mais pourtant, une question revenait sans cesse : comment a-t-on fait pour perdre ce match ? Comment a-t-on fait pour perdre ce match ?

Vous vous souvenez de ce que vous avez fait après le match ?

Nous sommes rentrés à l’hôtel. Le président avait préparé un petite fête au cas où… Certains sont sortis pour essayer de se changer les idées. Moi je suis resté à l’hôtel et j’ai discuté jusqu’à très tard avec un ami qui était venu me rende visite.

La saison qui suivra sera très difficile. Pensez-vous que c’est en lien avec cette défaite ?

Oui. Un ressort était cassé dans nos têtes. Vous savez, lorsque vous travaillez avec Antonetti, il vous pousse jusque dans vos derniers retranchements. Il n’y a ni repos ni répit avec lui. Mais lorsque dans ta tête, tu as du mal à retrouver la motivation, notamment à cause de cette finale perdue… Lui, il a été deux fois moins indulgent avec nous car il voulait qu’on avance. Avec le recul, je comprends qu’il ait fait ça pour notre bien. Mais à l’époque, je n’avais pas ce recul et la seule chose que je voulais, c’était qu’il me laisse tranquille, qu’il me lâche ! On s’est pris la tête de nombreuses fois, avec le summum lors d’un déplacement à Lorient où c’est allé très loin… J’en ai jeté mon maillot sur le terrain ! Bon, suite à ce match, j’ai été le voir pour m’excuser car je n’avais pas à réagir comme ça.  Je ne suis pas resté bloqué là-dessus. Nous sommes des hommes. Lui s’est énervé, moi aussi… On est assez intelligents pour savoir que la vie ne s’arrête pas là. Aujourd’hui, je vois les choses différemment et je n’oublie pas que c’est lui qui m’a permis de trouver une autre vocation. C’est grâce à lui si je me suis fait un nom au poste de meneur de jeu.

C’est à cause d’Antonetti que vous avez quitté l’OGC Nice à la fin de la saison ?

Tout le monde me disait qu’après ce qui s’était passé avec lui, j’étais obligé de partir. Je ne vois pas les choses de la même manière. Si je suis parti, ce n’est pas à cause de ça. À la fin de la saison, je me souviens être allé le voir dans son bureau et je lui ai dit : « Coach, je ne veux pas revivre la même saison que cette année, à jouer un match sur deux, à me prendre la tête avec vous. Pour moi, le football, ce n’est pas ça. Vous devez me prendre comme je suis sinon je pars. » Il m’a dit : « Je ne veux pas que tu partes ». Finalement, c’est moi qui ai décidé de partir. En plus, je voyais bien qu’Ederson commençait à exploser et que le coach le faisait jouer plus souvent que moi. Mais c’est normal, on est tous passé par là… Je savais que si j’étais resté, j’aurais vécu une saison difficile. Je ne voulais pas rester la saison de trop et gâcher tout ce que j’avais connu avec le public… Le Président Cohen ne voulait pas que je parte mais nous avons finalement trouvé un accord.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous êtes revenu jouer au Ray ?

C’était toujours un moment particulier pour moi. En fait, c’était comme si je revenais chez moi ! Mon premier match avec Lorient au Ray, nous avons gagné et j’ai marqué[6]. J’étais très fier d’avoir marqué mais je n’avais aucune rancœur. Même après avoir marqué, le public niçois m’a applaudi lors de ma sortie. J’ai été très étonné mais aussi très fier. Cela signifiait que j’avais laissé de bons souvenirs et que les gens se souvenaient des moments que nous avions partagés ensemble. Les joueurs de Lorient étaient surpris eux aussi. Ils me disaient : « On gagne ici, tu marques et malgré ça, ils t’applaudissent. C’est que tu as vraiment marqué ce club ! »

Avez-vous gardé des contacts avec vos anciens coéquipiers niçois ?

Avec nos activités respectives, nous n’avons pas trop le temps de nous voir mais lorsque je croise Hugo Lloris, Ederson ou encore Samy Traoré, on est toujours très heureux de se retrouver. On était comme des frères. Comme dans une famille, chacun d’entre nous a quitté le foyer niçois pour faire sa vie mais on ne se perd pas de vue… D’autre part, j’ai toujours eu une relation particulière avec Maurice Cohen. Pour moi, il a été plus qu’un président. Il a été comme un père spirituel. Les liens que j’avais avec d’autres présidents étaient professionnels alors qu’avec lui, c’était familial, et je n’avais jamais connu cela auparavant. L’ambiance que Maurice Cohen et Gernot Rohr avaient créée dans le club me correspondait complètement. C’est d’ailleurs le seul de mes anciens présidents avec lequel j’ai gardé un contact.

Votre retour à l’OGC Nice a régulièrement été évoqué ces dernières années…

C’est vrai que j’ai essayé de revenir mais c’est très difficile. C’est dur de revenir à la maison ! Une année, j’ai même appelé Olivier Échouafni pour lui demander de me trouver une petite place. Je lui ai dit : « Allez, j’ai fait le tour de ce qui se faisait ailleurs mais maintenant, je veux rentrer à la maison ! » Malheureusement, ça n’a pas pu se faire…

Propos recueillis par Serge Gloumeaud

Entretien extrait du livre « OGC Nice 2002-2012 : une décennie en questions »

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