Frédéric Hantz : « À Nice, deux ans de bonheur! »

Aiglon de 1993 à 1995, Frédéric Hantz revient, pour l’association La Grande Histoire du Gym , sur sa carrière de joueur et notamment sur son passage à l’OGC Nice. Il pose également un regard lucide sur l’évolution du club et les difficultés qu’il rencontre aujourd’hui.
Frédéric Hantz, votre histoire avec le football a commencé à Rodez, mais sans passer par un centre de formation…
Oui, c’est là que je suis né et que j’ai grandi. J’étais en sport -études au lycée, j’ai ensuite obtenu un bac B, puis un DUT Gestion des entreprises. J’ai même poursuivi avec une année de faculté en psychologie. À 21 ans, je suis parti jouer en D4 à Aurillac, tout en travaillant en parallèle comme vendeur dans un magasin de sport. Ensuite, j’ai signé à Clermont, qui venait de monter en deuxième division, mais comme stagiaire… à l’âge de 22 ans. Lorsque le club est descendu, j’ai rejoint Istres, qui m’a offert mon premier contrat professionnel. J’y suis resté trois ans. Puis j’ai signé à Metz, où j’ai découvert la Division 1 pendant une saison, avant d’arriver à Nice en 1993.
Vous quittez la D1 et Metz pour rejoindre Nice, alors en D2. Un choix qui peut surprendre ?
Oui, c’est vrai que ça peut paraître étonnant. Mais les choses ne se passaient pas bien pour moi à Metz. J’avais du mal à m’adapter, peut -être aussi à cause du climat, moi qui étais plutôt habitué au sud. De manière générale, mes choix de carrière n’ont jamais été dictés uniquement par l’ambition, mais plutôt par le ressenti. J’aimais aussi bouger, ne pas rester trop longtemps au même endroit… peut -être même un peu trop avec le recul. À Metz, le président Molinari me proposait un contrat de quatre ans. J’ai préféré n’en signer que deux, pour ne pas me sentir enfermé. Et puis, vu le salaire proposé, il pouvait largement se permettre de me proposer quatre ans (sourire).
Et après une seule saison, vous partez…
Oui, j’ai fait le choix de rompre mon contrat. C’est sans doute aussi révélateur de mon absence
d’ambition à ce moment -là. J’aurais pu rester, m’accrocher et tenter de m’imposer en Division 1. Je pense sincèrement que j’en étais capable. Mais je ne me sentais pas bien, et lorsque l’opportunité de rejoindre Nice s’est présentée, je n’ai pas hésité.
Comment cette opportunité s’est -elle concrétisée ?
J’avais le même agent que Mohamed Chaouch, qui était avec moi à Metz et qui, lui, partait à Nice. Comme je souhaitais quitter Metz, mon agent a proposé mon profil au Gym. J’ai ensuite échangé avec Albert Emon, l’entraîneur, et le courant est très bien passé. J’ai donc suivi Mohamed Chaouch. D’ailleurs, nous avions déjà joué ensemble à Istres, et je l’avais déjà suivi pour rejoindre Metz. Lui ouvrait la voie, obtenait les gros contrats… et moi je suivais en récupérant un peu les restes (rires). Mais au final, tout le monde y trouvait son compte, et c’est bien là l’essentiel.
Vous arrivez donc à Nice, en D2, dans un club avec peu de moyens financiers…
Oui, mais pour moi, Nice a toujours été un grand club du football français, avec une vocation
naturelle à évoluer dans l’élite. Dans mon esprit, il était évident que nous allions jouer la montée et que je retrouverais rapidement la Division 1.
Le Gym est sacré champion de D2 en 1994. Quels étaient les points forts de cette équipe ?
Je dirais avant tout la qualité des personnes. Que ce soit les joueurs, le staff ou la direction. J’ai particulièrement apprécié travailler avec Albert Emon. Il était très proche des joueurs, toujours dans l’échange. Il donnait presque le sentiment d’être un joueur supplémentaire, un douzième homme au sein du groupe.
A-t-il influencé votre future carrière d’entraîneur ?
Tous les entraîneurs que j’ai connus m’ont apporté quelque chose. Mais celui qui m’a le plus marqué reste Michel Poisson, mon premier éducateur à Rodez, que j’ai côtoyé pendant près de dix ans. Ce sont souvent les premiers éducateurs qui laissent une empreinte forte. Ensuite, dans le monde professionnel, les relations changent forcément avec les exigences de performance.
À quel moment avez -vous décidé de devenir entraîneur ?
Très tôt. Dès l’âge de 18 ans, j’ai commencé à passer mes diplômes. Cela a toujours été mon objectif numéro un, avant même ma carrière de joueur. Mon idée était d’accumuler de l’expérience en tant que joueur pour ensuite devenir entraîneur et revenir à Rodez afin de transmettre ce que j’avais appris.
Votre carrière de joueur était donc un moyen d’atteindre cet objectif ?
Exactement. Et cela s’est concrétisé puisque j’ai terminé ma carrière de joueur à Rodez, avant d’enchaîner directement comme entraîneur… à Rodez.
Pour revenir à la saison 1993 -1994, vous validez la montée lors de l ’avant -dernière journée à domicile contre Rouen avant de remporter le titre à Valenciennes…
Autant le match contre Rouen au Ray, qui nous assure la montée, ne m’a pas laissé un souvenir très précis, autant le déplacement à Valenciennes est resté bien ancré. Je ne me souviens plus exactement de qui a lancé l’idée, mais on avait décidé de fêter la montée en se teignant tous les cheveux en blond. L’objectif étant déjà atteint, on n’avait pas préparé ce match de manière très sérieuse. Et finalement, on gagne, ce qui nous permet de décrocher le titre de champion de D2. L’anecdote, c’est que j’ai été le seul à garder les cheveux teints pendant un certain temps après (sourire). Je me rappelle aussi de la fête après la victoire : on en a bien profité. C’est d’ailleurs ce soir-là que j’ai fumé mon premier cigare… et le dernier, parce que j’ai été malade comme jamais le lendemain.
Cette saison vous a aussi permis de découvrir le stade du Ray…
Oui, et c’est un stade qui avait une vraie âme. J’aimais beaucoup le fait qu’il soit situé en plein
centre -ville. Cela créait une proximité avec les gens, une ambiance particulière. C’est quelque
chose que je trouve moins dans les stades modernes, souvent construits en périphérie, dans des zones un peu isolées. Comme l’Allianz Riviera aujourd’hui, par exemple. Donc oui, clairement, le stade du Ray me manque.
Avec quels joueurs étiez -vous le plus proche ?
Je m’entendais très bien avec Lionel Létizi, avec qui je partageais ma chambre lors des
déplacements. J’ai aussi de très bons souvenirs avec Didier Volpatti, avec qui j’ai gardé le contact longtemps après mon départ, ainsi qu’avec Tonio Farias. Avec lui, nous étions les deux célibataires du groupe et nous habitions dans la même résidence. On a partagé pas mal de moments… et fait quelques bêtises que je préfère ne pas détailler, même aujourd’hui (sourire). J’étais également proche de Bruno Génésio. Nous avions des parcours assez similaires : lui aussi était dans une situation compliquée à Lyon avant de venir à Nice. Même s’il n’est resté qu’un an, nous avons noué une vraie relation, au point qu’il a été mon témoin de mariage.
Avez-vous gardé des contacts avec ces joueurs ?
Non, pas vraiment. Je dois reconnaître que je ne suis pas quelqu’un qui entretient facilement les relations sur la durée. Ensuite, ma carrière de joueur puis d’entraîneur m’a beaucoup accaparé. Avec le recul, je le regrette un peu. Je me rends compte aujourd’hui que des personnes comme Didier Volpatti, Bruno Génésio, Lionel Létizi, Fred Gioria ou Tonio Farias m’ont énormément apporté, aussi bien sur le plan sportif qu’humain. Et finalement, je n’ai jamais vraiment pris le temps de les remercier pour cela.
La saison suivante, vous retrouvez la D1 avec le Gym. Quels souvenirs en gardez -vous ?
Je me souviens très bien de notre premier match à Bordeaux. D’abord parce que j’étais capitaine, et ensuite parce que mon père, qui habite dans la région, était présent en tribune. Porter le brassard dans ces conditions -là, c’était une grande fierté, même si nous avons perdu ce match 1-0. Je garde aussi en mémoire une victoire très importante pour le maintien contre Monaco, au stade du Ray. C’était une équipe impressionnante, avec beaucoup de grands joueurs, dont Sonny Anderson qui m’avait particulièrement marqué. Sur le plan personnel, la saison a été plus compliquée à cause d’une blessure au tendon d’Achille que j’ai traînée assez longtemps. Mais malgré cela, l’ambiance au sein du groupe et du club était excellente. Nous avons connu des moments difficiles, mais nous avons réussi à assurer le maintien, ce qui était l’objectif.
Quel souvenir gardez -vous de vos relations avec les supporters niçois ?
De très bons souvenirs. Mais il faut aussi replacer cela dans le contexte de l’époque. Les relations étaient différentes, sans doute plus simples et plus naturelles. Les joueurs et les supporters avaient chacun leur vie, et on se croisait de manière assez spontanée, à l’entraînement ou après les matchs, pour discuter tranquillement. Aujourd’hui, il y a davantage d’attentes, plus de sollicitations de la part des supporters , et les clubs comme les joueurs sont aussi dans une forme de séduction permanente. Cela change forcément les rapports.
Vous avez ensuite recroisé Nice en tant qu’entraîneur . C’était particulier pour vous ?
Oui, surtout lors de mes années à Bastia… Je n’étais pas toujours très à l’aise avec le contexte autour de ces matchs. Sur le terrain, cela rest ait avant tout une opposition sportive entre deux clubs qui se respectent malgré tout . Mais il existait une tension particulière, notamment du côté bastiais. Il y avait à Nice une forte communauté corse, notamment des étudiants puisqu ’il n’y avait pas d’université en Corse , et cela créait une rivalité un peu exacerbée. C’est dommage, parce que cela générait des tensions qui n’étaient pas forcément nécessaires.
Continuez -vous à suivre l’évolution du Gym ?
Oui, bien sûr. Et ces dernières années, l’évolution du club est assez surprenante vue de l’extérieur. Après le rachat par INEOS, on pouvait s’attendre à voir Nice s’installer durablement dans le haut du classement, voire dans le top 5. Et aujourd’hui, le club se retrouve à lutter pour le maintien.
Comment l’expliquez-vous ?
Je n’ai pas toutes les informations, donc je reste prudent. Mais de l’extérieur, cela donne une
impression de manque de clarté. Dans un club, comme dans une entreprise, il faut une direction claire, un projet lisible. Ce sont les dirigeants qui fixent le cap. Si ce cap n’est pas bien défini ou compris, cela crée de la confusion et de la tension , aussi bien pour les joueurs que pour les supporters. Les joueurs restent des salariés : ils veulent toujours bien faire, gagner, progresser. Mais s’ils évoluent dans un environnement qu’ils ne comprennent pas totalement, cela peut freiner leur performance. À mon sens, il est essentiel de simplifier et de clarifier les choses.
Malgré tout, vous pensez que Nice va se maintenir ?
Oui, sans hésitation. L’effectif possède suffisamment de qualité pour atteindre cet objectif. Et
lorsque je regarde le calendrier, je reste confiant. Pour moi, Nice se maintiendra et Auxerre jouera les barrages.

On peut terminer par votre situation actuelle…
J’ai traversé une période personnelle compliquée qui m’a conduit à m’installer à l’île Maurice, où je vis encore aujourd’hui. Ces difficultés ont fait que je suis resté éloigné des bancs pendant cinq ans. Je ne me sentais pas dans les meilleures dispositions pour entraîner. Et comme je suis quelqu’un d’entier, j’ai besoin de l’être pleinement pour exercer ce métier. Aujourd’hui, c’est le cas. Je me sens prêt, et même mieux préparé qu’auparavant. Ces épreuves m’ont apporté beaucoup, à la fois en tant qu’homme et en tant que père. J’en ai aussi profité pour approfondir mes connaissances, notamment en management et en psychologie.
Cette période sans entraîner peut -elle freiner certains clubs ?
C’est possible, car nous vivons dans une époque où tout va très vite. Les entraîneurs enchaînent les expériences, parfois d’une semaine à l’autre ! Mais est -ce que cela garantit la réussite ? Je ne le pense pas forcément. Prenons l’exemple d’Éric Roy : après Nice, il est resté dix ans sans entraîner, puis il a réalisé un travail remarquable à Brest. Pendant cette période, il n’était pas inactif pour autant : il continuait à réfléchir, à se préparer. C’est aussi mon cas aujourd’hui.
Avez -vous déjà été sollicité par l’OGC Nice depuis votre départ ?
Non, jamais. Ni comme entraîneur , ni même comme ancien joueur , simplement. Je ne suis pas
vexé, mais plutôt surpris. J’ai passé deux saisons au club, nous avons été champions de D2, et j’ai été capitaine en D1. Mais je considère aussi que c’est à moi de faire le premier pas. Et j’espère pouvoir revenir prochainement à Nice, car ce club garde une place particulière dans ma vie et dans mon cœur.
Propos recueillis le 21 avril 2026 par Serge Gloumeaud
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